Les freshnies*, ces mineures qui se prostituent à Abidjan

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Minuit passé, dans la pénombre, se taille une silhouette que je distingue mal. J’entends des chuchotements à peine audibles puis fusent des rires clairs et juvéniles, presqu’enfantins. Je me rapproche du mystérieux couple, une nymphette à l’allure débridée enlace fougueusement un homme âgé. La scène me semble surréaliste, irréaliste. La fillette encore aux portes d’une puberté semblable à un orage avorté dans un ciel étonnement bleu, est une » freshnie djandjou » (jeune prostituée).

 

Elles sont belles, fougueuses, endimanchées dans des vêtements qui couvrent à peine leur nudité. Elles trainent aux abords des maquis, bars et hôtels de la ville, elles sont déterminées et surtout, elles sont jeunes, très jeunes. Des enfants de 14 à 17 ans à peine qui s’adonnent au plus vieux métier du monde, la prostitution. Le phénomène est bien réel à Abidjan.

Les raisons en sont multiples. La paupérisation accentuée des populations est en grande partie responsable de ce drame. Après les nombreuses crises armées que vient de traverser le pays, les jeunes filles abandonnées à leur propre sort sont bien obligées de  se chercher  comme on le dit ici chez nous. Elles vendent leur corps, pas forcement aux plus offrants, pour avoir de quoi s’entretenir ou venir en aide aux parents. En Afrique, l’enfant est un investissement dont on veut récolter les fruits, même quand ils ne sont pas encore mûrs. Hélas ces pauvres enfants font les frais d’une telle mentalité.

En milieu scolaire, le phénomène est bien connu, des filles mineures livrent leurs joyaux pour améliorer les notes ou les moyennes. On parle alors de « MST » (moyennes sexuellement transmissibles). Certaines sont issues de milieux aisés mais cherchent la facilité ou s’y adonnent pour le plaisir.

Les conséquences en sont terrifiantes et nombreuses : grossesses précoces (on a enregistré plus de 5 000 cas de  grossesses précoces en milieu scolaire en Côte d’Ivoire en 2012 et 2013), dépravation des mœurs, propagation à vitesse grand V des maladies sexuelles et surtout élévation du taux de prévalence du SIDA. Toute chose qui constitue un frein notable à notre émergence prévue pour quelques années.

Je ne veux surtout pas parler de ce que je viens de voir à ma petite femme. Elle qui a l’habitude de se mettre en souci pour tout et pour tous, rougira certainement de colère et d’inquiétudes. Non je ne veux pas me donner cette peine là.

Mais à bien y réfléchir, je crois que je lui en parlerai finalement. Je lui dirai qu’elle doit être assez forte pour donner une éducation adéquate à nos futures princesses de peur qu’elles ne dérivent dans la dépravation. Je lui dirai que les autorités semblent trop lourdes à intervenir parce que trop occupés à élaborer des subterfuges pour occulter les vrais problèmes.

Je lui dirai encore que nos sociétés d’aujourd’hui acceptent trop facilement l’immoralité. Je lui dirai que si la prostitution enfantine prend de l’ampleur, c’est que tapis dans l’ombre, des hommes âgées apprécient bien la chair fraîches de ces « freshnies ». Je lui dirai aussi que ce genre de personnes mérite de rôtir en enfer.

Je lui dirai surtout que tout espoir n’est pas finalement perdu, qu’il existe belle et bien des moyens de prévenir ce phénomène en menant une lutte en amont. Je lui dirai finalement que j’ai griffonné un papier dans ma colère pour interpeler la conscience des uns et des autres sur ce malheureux drame qui se déroule sous nos yeux.

*Freshnie : jeune fille, mineure

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