Côte d’Ivoire : Championnat national de football, entre anonymat et indifférence

Match Asec-Africa (c) nordsudquotidien.com
Match Asec-Africa (c) nordsudquotidien.com

Le football local ivoirien souffre d’un désintérêt total et général de la part de la population. Le championnat national se joue devant des gradins désespérément vide. Il n’attire plus personne comme il y a une dizaine d’année de cela. Pourtant, selon le classement FIFA des nations du monde en matière de football, la Côte d’Ivoire occupe le 1er rang des nations africaines. Les ivoiriens eux préfèrent les championnats étrangers, surtout européens, affichant leur désamour total des clubs nationaux.

 

« Qui est en tête du championnat ivoirien ? », j’ai posé cette question à plus d’une dizaine de personnes dans mon quartier. La meilleure réponse que j’ai pu avoir est une autre question : « Quel championnat, y a-t-il un championnat en Côte d’Ivoire ? ». Cette réponse peut paraître être d’une inacceptable mauvaise foi mais elle traduit bel et bien la réalité du terrain en matière de football  local. Moi-même je ne sais pas s’il se joue un championnat dans mon pays. J’ai beau scruter la une des journaux ivoiriens pour avoir une quelconque information sur la ligue 1, aucun n’en fait cas. Elle  se déroule dans l’anonymat le plus complet. La belle période des derbys Asec-Africa attirant un monde fou dans les stades est terminée depuis longtemps et rangée au placard. Plus personne ne va au stade pour supporter son équipe.

Pourtant, on aime bien le foot en Côte d’ivoire. On l’apprécie à un point tel qu’il fait parti de notre quotidien. Les centres de formation de football se multiplient chaque jour dans le pays. Mais on préfère plutôt supporter  le Bayern, Chelsea, Barcelone, etc.  Il de se passe pas de minute sans qu’un groupe de jeunes de mon quartier ne se forme pour parler uniquement de foot. La politique et les questions s’y rattachant ont fini par déprimer les populations. La sainte colère du peuple gronde, mais en silence. Ces jeunes gens parlent de la champions League, de la premier League anglaise, de la Bundesliga, de la Ligue 1 française, de Barcelone, de Samuel E’too et Didier Drogba, de Neymar, Ronaldo et Messi et j’en passe. Ils connaissent le nom du père du joueur le moins connu de l’équipe la moins connue du championnat le moins connu d’Europe. Mais très peu sauront vous dire quelle est l’équipe qui est championne de Côte d’Ivoire, leur propre pays où ils vivent.

Les causes d’un tel désamour du foot pratiqué sur le sol ivoirien sont multiples. L’avènement des chaines câblées et internet, la surmédiatisation des championnats européens même par la chaîne nationale, la surévaluation des salaires des joueurs  ont fortement contribué à tué l’amour du football local. Les joueurs eux-mêmes ne veulent plus jouer dans le championnat national. Tout le monde veut être un Drogba ou encore un Yaya Touré pour  brasser des milliards. Les meilleurs joueurs émergents s’envolent aussitôt pour l’Eldorado avec la complicité des acteurs du milieu footballistique national sans toucher le moindre ballon sur le sol ivoirien. Toute chose qui a rabaissé le niveau du championnat national et provoqué la désertion des terrains de foot du public. Et, sans public, pas d’entrée d’argent, sans argent, pas de salaire conséquent et par ricochet, pas de football attrayant ; un cercle infernal en somme. La fédération Ivoirienne chargée de gérer le foot (FIF) aide à peine les clubs locaux avec environ 50 millions par club. Ce qui représente une manne très insuffisante quant on a connaissance du demi-milliard des fédérations maghrébines versé à leurs différents  clubs. Il semble donc impossible de sortir de ce carcan qui a pour résultat, la méforme totale des équipes locales engagées dans des compétitions continentales.

Je ne sais pas comment la FIFA fait ses classements, mais je suis sûr que seule l’équipe nationale A, les éléphants des Drogba et autres pros évoluant à l’étranger est l’unique raison du rang de leader africain occupé par la Côte d’Ivoire. Et heureusement encore qu’en dépit des crises cardiaques et autres maux de cœur que donne cette équipe, elle reste la fierté nationale à l’opposé des équipes comme l’Africa Sport, ancienne référence du football ivoirien qui se noie dans sa propre bave. En effet, que de querelles de clocher et de luttes intestines de leadership n’ont causé et continuent de causer la décadence  de ce club jadis grand par son talent et ses prouesses. L’Africa sport est aujourd’hui à l’image du monde politique où l’on s’entredéchire et massacre le peuple parce que, dit-on, on  aime ce même peuple.

Le football ivoirien repose uniquement sur les performances de son équipe nationale constituée à 99% de professionnels évoluant à l’étranger. Il faudrait une bonne politique du football pour relever le niveau de ce sport roi sur le territoire national à l’image des pays du Maghreb ou encore du Congo où le football national est aussi apprécié que les championnats étrangers.

On veut être émergent d’ici 2020, on chante l’émergence à tous les coins de rue, on arbore même des cannes émergentes pour nous permettre de marcher vers l’horizon 2020. N’oublions pas d’adopter une politique émergente du sport pour rendre notre football émergent et remplir à nouveau les stades. Tout le monde ne pouvant pas être Drogba ou Yaya Touré, il serait utile de développer notre football national pour donner la chance à nos jeunes footballeur locaux.

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